Il y a, disons, vingt ans, chaque individu dans la norme possédait un téléphone* chez lui, et était répertorié dans un épais annuaire**. Seuls les plus démunis ou les plus rétrogrades ne possédaient pas de téléphone, et seuls les plus marginaux, paranoïaques ou harcelés prenaient la peine de payer un supplément (!) afin que leur numéro reste confidentiel.
Il faut dire qu'il était alors rare de devoir sortir de sa douche pour se voir proposer des canapés en cuir, des adoucisseurs d'eau, ou un sondage sur les cacahuètes grillées.
Mais voici qu'arrivèrent, dans le désordre, les téléphones portables, les boîtes vocales automatiques, et les méchants fichiers de clients potentiels.
Pour des raisons d'économies et de simplification, beaucoup de familles où chaque membre possédait son propre GSM se sont volontiers séparées de leur ligne fixe, ou n'en ont pas repris lors d'un déménagement. Les tarifs prohibitifs, au début, d'appel d'un fixe vers un portable ont certainement beaucoup contribué à cela.
C'est ici que l'engrenage se déclenche : le GSM en permanence en poche, chacun devint plus ou moins réticent à diffuser son numéro, à juste raison, et, à l'exception de quelques marginaux, plombiers, ou inconscients, peu d'entre nous firent la démarche de faire inscrire son numéro dans un annuaire.
On est ainsi passé d'un système "opt-out" (désinscription volontaire) à un système "opt-in" (inscription volontaire).
Récemment, j'ai dû contacter d'extrême urgence une dame âgée afin de lui annoncer le décès d'une de ses amies. Elle habite très loin, a déménagé, et ne possède qu'un téléphone portable comme moyen de communication. C'est seulement via le curé de sa paroisse que nous y sommes parvenus in extremis (la veille des funérailles).
Voilà une conséquence bien dommageable de l'évolution décrite plus haut. Une technologie censée apporter une plus grande facilité de communication devient un frein à celle-ci dès lors qu'on souhaite légitimement préserver sa tranquilité.
Solution dure : interdire purement et simplement les appels commerciaux, avec de très lourdes sanctions à la clef.
Solution douce : à l'instar de ce qui est possible via les services de renseignements téléphoniques lorsqu'on à affaire à un numéro privé, mettre en place un système permettant de laisser un message (écrit, c'est moins dérangeant) à quelqu'un, sans pour autant obtenir son numéro. Aucune difficulté technique, intérêt général rencontré.
* : fixe, forcément, la précision était alors inutile
** : je parle de la Belgique, ici, j'ignore donc le Minitel
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