vendredi 17 avril 2009

TYPOGRAPHIE (1)

Étiquette, pancarte, écriteau, feuille A4 punaisée, néon, menu, emballage, autant de supports, et j'en passe, de communication écrite qui peuvent bénéficier de quelques notions élémentaires de typographie. Les principes empiriques énoncés ci-dessous sont valables pour tout type de texte.

1) PLUS GRAND = PLUS LISIBLE
Eh oui. Ça se passe d'explication, non ? C'est d'autant plus vrai que l'écriture est découverte de loin. Si vous faites des panneaux indicateurs pour votre banquet de mariage, en écrivant "Raoul et Jean-Michel"* en corps 18 (environ 1 cm) sur des feuilles A4, ne vous étonnez pas si beaucoup d'invités sont en retard, en voiture, ils n'ont rien vu !
Si vous avez peu d'informations à donner, allez-y à fond, utilisez des caractères qui prennent tout l'espace du support !

2) PLUS GRAND = PLUS IMPORTANT

Il est rare de n'avoir qu'une ou deux information à donner ("hamburger, 3 €"). Sur un produit on aura le nom, la marque, le poids, les ingrédients...; pour un événement on aura l'activité, le lieu, la date, les modalités,...
Il faut hiérarchiser ces informations, et, outre le sens de la lecture, la taille des caractères dénotera efficacement l'importance relative de chaque élément.

Partie de Cache-Cache

ouaais, j'adore ça

à l'étang du mérou

eh, c'est près de chez moi

le 1er avril


j'annule ma pédicure !

3) LES minuscules SONT PLUS LISIBLES

Grâce à leurs variations de hauteurs, de largeurs et de formes, les minuscules sont bien plus lisibles que leurs grandes soeurs, toutes raides et carrées. C'est pour ça qu'elles ont été inventées (la "caroline" de Charlemagne, bien plus lisible que les caractères romains, voir ici : http://www.ch-corbie.fr/html/body_la_caroline.htm) .
Voici un texte de Mark Twain** :

Il y avait une fois un méchant petit garçon qui s’appelait Jim. Cependant, si l’on veut bien le remarquer, les méchants petits garçons s’appellent presque toujours James dans les livres de l’école du dimanche. C’était bizarre, mais on n’y peut rien. Celui-la s’appelait Jim.

IL Y AVAIT UNE FOIS UN MECHANT PETIT GARÇON QUI S’APPELAIT JIM. CEPENDANT, SI L’ON VEUT BIEN LE REMARQUER, LES MECHANTS PETITS GARÇONS S’APPELLENT PRESQUE TOUJOURS JAMES DANS LES LIVRES DE L’ECOLE DU DIMANCHE. C’ETAIT BIZARRE, MAIS ON N’Y PEUT RIEN. CELUI-LA S’APPELAIT JIM.

Malgré la petite taille, les minuscules sont bien plus confortables à lire. N'utilisez jamais les pleines majuscules pour plus qu'un ou deux mots.

4) RESPECTEZ LA PROPORTION DES CARACTÈRES

La typographie est un art subtil, et la création de caractères encore davantage. On ne peut pas impunément triturer un texte ! Prenez la lettre H, par exemple. Dans une police "à bâtons" (Arial, Helvetica,...), l'épaisseur des deux "montants" et de la "traverse" est identique. Si vous élargissez ou étroitisez inconsidérément cette lettre, vous rompez ce principe, et rendez le texte moins lisible. Il existe, le cas échéant, des polices dites "étroitisées" ("narrow" en anglais) qui sont correctement redessinées pour un lettrage plus serré.

5) BANISSEZ COMIC SANS
http://bancomicsans.com/home.html
J'insiste.

6) UNE RELECTURE PAR CENTIMÈTRE
Quoi de plus horripilant que de lire
LIQUIDATION TOTAL
TOUT DOIT PARTIRE

en caractères de 15 cm de haut (sauf, bien entendu, si il s'agit d'une protestation contre les grand groupes pétroliers) ?
Pour chaque centimètre de hauteur de vos caractères, faites relire votre texte par une personne différente avant de réaliser ou faire réaliser votre banderole. Choisissez de préférence des gens plus compétents en orthographe (et grammaire, etc...) que vous-mêmes. Ne négligez pas le dictionnaire, le "Bescherelle", le "Grevisse".


* : Il faut vivre avec son temps.
** : ...qui a le mérite d'être mort depuis plus de 70 ans.

DÉRANGÉ PARTOUT, JOIGNABLE NULLE PART

Il y a, disons, vingt ans, chaque individu dans la norme possédait un téléphone* chez lui, et était répertorié dans un épais annuaire**. Seuls les plus démunis ou les plus rétrogrades ne possédaient pas de téléphone, et seuls les plus marginaux, paranoïaques ou harcelés prenaient la peine de payer un supplément (!) afin que leur numéro reste confidentiel.

Il faut dire qu'il était alors rare de devoir sortir de sa douche pour se voir proposer des canapés en cuir, des adoucisseurs d'eau, ou un sondage sur les cacahuètes grillées.

Mais voici qu'arrivèrent, dans le désordre, les téléphones portables, les boîtes vocales automatiques, et les méchants fichiers de clients potentiels.

Pour des raisons d'économies et de simplification, beaucoup de familles où chaque membre possédait son propre GSM se sont volontiers séparées de leur ligne fixe, ou n'en ont pas repris lors d'un déménagement. Les tarifs prohibitifs, au début, d'appel d'un fixe vers un portable ont certainement beaucoup contribué à cela.

C'est ici que l'engrenage se déclenche : le GSM en permanence en poche, chacun devint plus ou moins réticent à diffuser son numéro, à juste raison, et, à l'exception de quelques marginaux, plombiers, ou inconscients, peu d'entre nous firent la démarche de faire inscrire son numéro dans un annuaire.

On est ainsi passé d'un système "opt-out" (désinscription volontaire) à un système "opt-in" (inscription volontaire).

Récemment, j'ai dû contacter d'extrême urgence une dame âgée afin de lui annoncer le décès d'une de ses amies. Elle habite très loin, a déménagé, et ne possède qu'un téléphone portable comme moyen de communication. C'est seulement via le curé de sa paroisse que nous y sommes parvenus in extremis (la veille des funérailles).

Voilà une conséquence bien dommageable de l'évolution décrite plus haut. Une technologie censée apporter une plus grande facilité de communication devient un frein à celle-ci dès lors qu'on souhaite légitimement préserver sa tranquilité.

Solution dure : interdire purement et simplement les appels commerciaux, avec de très lourdes sanctions à la clef.

Solution douce : à l'instar de ce qui est possible via les services de renseignements téléphoniques lorsqu'on à affaire à un numéro privé, mettre en place un système permettant de laisser un message (écrit, c'est moins dérangeant) à quelqu'un, sans pour autant obtenir son numéro. Aucune difficulté technique, intérêt général rencontré.

* : fixe, forcément, la précision était alors inutile
** : je parle de la Belgique, ici, j'ignore donc le Minitel

mercredi 8 avril 2009

CAISSIÈRES

Un premier sujet, tout frais de ce midi.

J'ai effectué quelques emplettes ce midi chez D.
D., comme la plupart des enseignes de nos jours, propose à leurs clients chéris une carte personnelle qui leur permet de les espionner discrètement leur offrir de substantielles réductions et autres cadeaux.
Je tends donc ma carte à la caissière, laquelle me fait, ouh là là, elle est presque effacée votre carte, je sais pas si ça va passer. Effectivement, ma carte présente une certaine usure du côté du code-barre.
Et la voilà qui agite frénétiquement la carte devant le laser rouge !
Quand tu as du mal à lire quelque chose, tu l'agites devant toi pour que ce soit plus facile ? Non ! Alors pourquoi ton inconscient croit-il que le laser y arrivera mieux comme ça ?
Et, bien entendu, ça ne passe pas. Pas à court de ressources, la caissière retrousse sa manche et tape sur son petit clavier les chiffres inscrits sous le code-barre. Et devinez quoi ? Pendant toute l'opération, elle a tenu la carte bien immobile !

Quelle bizarre contorsion nous* pousse à agir différemment dans ces deux situations pourtant si analogues ? Est-ce par méconnaissance du fonctionnement de la machine ? Par manque d'empathie ?

(* je dis nous parce que, caissière ou pas, je suis persuadé que la plupart des gens auraient le même réflexe)

Par honnêteté intellectuelle, je dois préciser que mes essais pour lire ce code-barre chez moi (je possède l'appareil adéquat) ont été vains, même super-immobile, il est beaucoup trop effacé. Ceci dit, mes essais sur d'autres codes confirment clairement que ça marche beaucoup mieux quand on n'agite pas le bidule dans tous les sens !

(BEGIN

Réflexions occasionnelles au sujet de l'ergonomie des choses qui nous entourent, en particulier les énormes lacunes en la matière !